La tentation du faussaire

Parler vrai ! Qui n’a pas évoqué ce lieu commun pour se sentir l’âme du héros que l’on adule ? S’il fallait réellement le faire, oser dépasser les convenances et les banalités indigestes, resterait-il encore beaucoup de candidats prêts à affronter le regard de leurs congénères et les foudres du puissant ? Seul celui qui ne rampe pas le sait…

S’il fallait réellement pendant un instant parler vrai. Comme tenir un discours de vérité sur notre condition d’humains tentés par l’approximation et les faux fuyants. Comme oser regarder le monde tel qu’il est, et non se réfugier derrière les replis des mythes que l’on sert pour avoir bonne contenance ou se servir du verbe comme de la baguette du prestidigitateur pour endormir votre interlocuteur.

S’il fallait oser observer le fond de notre âme et reconnaître que nos plaintes, les plaintes et gémissements des injustices subies, ne sont que nos lâchetés que l’on habille de convenances.

Osons aborder, pendant un instant, la condition des peuples du monde. Osons nous demander s’il s’agit de reprocher aux uns d’avoir asservi les autres et aux autres de les avoir acceptés comme nôtres.

Serait-ce la providence qui décide celui qui foulera aux pieds l’humanité de l’autre ou cet autre qui accepte, toute honte bue, sa condition de sous-homme ?

Existe-t-il sur terre des populations qui subissent bien malgré elles le joug de dominants quand elles se laissent séduire par tous les chants des sirènes du conformisme ?

Ne prenons-nous pas pour cris de détresse de peuples entiers quand ce ne sont que le chuchotement de quelques-uns que l’on croit entonnant l’hymne de la résistance de la totalité des autres ?

Le monde est ainsi fait. Tout finit par se briser à la force mentale et à la volonté du nombre. Mais il ne devient nombre que par la grâce de la volonté de quelques uns.

Le poète tunisien disait que lorsqu’un peuple veut vivre, il sait soumettre le destin à sa volonté…

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